
Affaire Kocc Barma : un réseau de chantage sexuel démantelé à Dakar
L’arrestation d’El Hadji Babacar Dioum, fils de l’homme d’affaires Cheikh Tall Dioum, a mis à nu un système de chantage sexuel d’une ampleur inédite au Sénégal. Ce jeune homme de 32 ans, soupçonné d’être le cerveau de la tristement célèbre plateforme « Kocc Barma », a été interpellé vendredi dernier puis déféré au parquet lundi, selon Libération dans sa parution du 22 juillet 2025.

Pendant près de huit ans, El Hadji Babacar Dioum aurait monté un réseau criminel structuré autour de l’extorsion de fonds, de la diffusion non consentie de contenus intimes, et du blanchiment d’argent. Les enquêteurs ont découvert sur son Macbook Pro 13 pouces pas moins de 9000 fichiers numériques, dont un dossier intitulé « Paid no to publish » répertoriant les victimes ayant payé pour éviter la publication de leurs vidéos intimes. Parmi elles, certaines ont versé jusqu’à 2 millions de FCFA ou 9668 euros pour leur tranquillité.
Entre juillet 2017 et avril 2025, les flux bancaires analysés révèlent que Dioum a encaissé plus de 93 millions de FCFA, répartis entre 50,4 millions provenant d’un complice activement recherché et 43 millions de la plateforme Exodick, selon les données bancaires obtenues.
Pire encore, d’autres fichiers comme « Newgirl » et « Nouveau dossier 4 » contenaient respectivement 4191 vidéos et images sexuelles ciblant de potentielles futures victimes, et 147 fichiers à caractère pornographique, dont certains soupçonnés d’être pédopornographiques.
Lors de la perquisition menée à son domicile à Ngor, les enquêteurs ont saisi un brouilleur de signal dans le bureau de Dioum, une fausse plaque « Section des accidents » arborant le sigle de la police, ainsi qu’un lot de faux carnets de vaccination. L’enquête révèle également que les fonds auraient été blanchis à travers des entreprises écrans comme la société de vente de voitures « Mba Authority » et le restaurant « Eddys ».
Face aux accusations, le mis en cause a tenté une ligne de défense fragile, évoquant un piratage de son ordinateur : « Je pense que mon ordinateur a été piraté… », a-t-il déclaré.
Il est poursuivi pour association de malfaiteurs, chantage, extorsion de fonds, atteinte à la vie privée, stockage et diffusion de contenus à caractère sexuel, pédopornographie, blanchiment de capitaux, mais aussi faux et usage de faux sur documents administratifs.
Cette affaire sordide, qui mêle nouvelles technologies, exploitation sexuelle et fraude à grande échelle, éclabousse les milieux huppés de Dakar. Elle interpelle également sur la nécessité d’un cadre plus rigoureux pour protéger les données personnelles et lutter contre la cybercriminalité.



