
Mondial 2026 : le mystère Assane Diao
À 20 ans, Assane Diao symbolise cette relève que le Sénégal dit vouloir installer. Pourtant, depuis le début du Mondial, l’attaquant de Côme n’a pas disputé la moindre minute. Resté sur le banc contre la France (1-3) puis face à la Norvège (2-3), l’ancien du Betis Séville s’est installé dans un angle mort de la rotation de Pape Thiaw. Une absence discrète dans le vacarme des défaites, mais révélatrice d’un malaise plus large dans la gestion offensive des Lions.
Dans un Mondial où le Sénégal cherche encore la bonne formule offensive, un nom continue d’échapper aux feuilles de match : Assane Diao. Présent dans le groupe, l’attaquant de Côme n’a disputé aucune minute lors des deux premières rencontres contre la France (1-3) et la Norvège (2-3). Un choix qui interpelle au regard des difficultés rencontrées par les Lions dans la création et la percussion offensive. Car derrière une concurrence dense se cache un profil différent, capable d’apporter vitesse, puissance et verticalité à une équipe qui peine à surprendre ses adversaires.
À 20 ans, Diao n’est pas un novice lancé pour meubler une liste. Son profil tranche même avec plusieurs options offensives de l’effectif. Grand (1,85 m), puissant dans ses courses, capable d’attaquer la profondeur comme de provoquer balle au pied, le joueur de Côme offre un mélange rare entre volume athlétique et explosivité. Surtout, sa faculté à utiliser ses deux pieds et à évoluer sur plusieurs postes du front de l’attaque en fait, sur le papier, une solution précieuse pour un sélectionneur en quête d’idées. Ses 30 minutes jouées contre les Etats-Unis en amical n’auront pas servi à changer la donne. Ménagé contre l’Arabie saoudite, Assane a retrouvé de sa superbe et est apte à jouer depuis le début de ce Mondial.
Une hiérarchie déjà verrouillée
Mais le problème, pour lui, tient à l’embouteillage. Sur les côtés, la hiérarchie semble figée : Sadio Mané reste le totem, Ismaïla Sarr conserve un statut fort, Ibrahim Mbaye représente une autre option, tandis qu’Iliman Ndiaye demeure un joueur de déséquilibre apprécié par le staff, même s’il n’a été utilisé que par bribes (7 minutes). Dans l’axe, Nicolas Jackson apparaît intouchable, au point d’absorber presque tout le temps de jeu, quand Bamba Dieng a pu grappiller quelques minutes (7) contre la France. Chérif Ndiaye, lui aussi, reste dans l’ombre.
Dans ce paysage, Diao paie son statut intermédiaire : pas encore assez haut dans la hiérarchie pour bousculer les cadres, mais prometteur pour ne pas susciter de questions. Car le paradoxe est là. Au moment où le Sénégal manque de percussion, de variété et de spontanéité dans les trente derniers mètres, Pape Thiaw se prive d’un profil susceptible de casser la monotonie d’une attaque souvent lisible.
Un joker encore théorique
Face à l’Irak, les Lions n’auront plus le luxe de gérer. Il faudra gagner et espérer. Dans un tel contexte, le sélectionneur sera presque obligé de retoucher son onze et son coaching pour insuffler un nouveau souffle à une équipe en panne d’idées. C’est peut-être là que s’ouvre, enfin, une fenêtre pour Assane Diao.
Encore faudrait-il que Pape Thiaw accepte de sortir de sa logique de conservation. Car jusqu’ici, le jeune attaquant ressemble surtout à un joker théorique, convoqué pour l’avenir mais privé de présent. Cruel pour un joueur qui avait déjà manqué la CAN victorieuse sur blessure. Et frustrant pour le Sénégal, qui pourrait bien laisser sur son banc une cartouche capable d’apporter, au moins, un peu de désordre là où tout est devenu un peu trop prévisible.



