
Mondial 2026 – Renversé par la Belgique (3-2) : le gros naufrage des Lions
Ils tenaient leur exploit, ils repartent avec une immense cicatrice. Devant de deux buts à moins de dix minutes du terme, le Sénégal a vu la Belgique renverser un huitième de finale qui lui tendait les bras (3-2 a.p.). Une élimination d’une cruauté absolue qui met fin au parcours des Lions dès les seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026 et prolonge leur malédiction face aux sélections européennes en phase à élimination directe, après la Turquie en 2002 et l’Angleterre en 2022.
Pape Thiaw avait pourtant surpris avec des choix forts. Kalidou Koulibaly restait une nouvelle fois sur le banc, Pathé Ciss étant repositionné dans l’axe aux côtés de Moussa Niakhaté. Pape Gueye retrouvait le cœur du jeu, tandis qu’Iliman Ndiaye était titularisé pour la première fois du tournoi. Des décisions qui ont longtemps ressemblé à un coup de maître.
Car le Sénégal a livré une première période d’une richesse tactique rarement observée depuis son sacre continental. Les Lions ont enfin retrouvé leurs circuits préférentiels : Jakobs et Antoine Mendy donnaient toute la largeur, Pape Gueye cassait les lignes par ses orientations, Sadio Mané décrochait constamment pour connecter le jeu, pendant qu’Iliman Ndiaye et Krépin Diatta multipliaient les permutations entre les lignes. La Belgique courait derrière le ballon sans parvenir à fermer l’intérieur.
Les chiffres validaient cette emprise : 191 passes réussies contre seulement 99 après une demi-heure. Surtout, le Sénégal contrôlait le rythme du match. Le premier but, inscrit par Habib Diarra après une longue séquence collective conclue par un centre de Mané et une tête d’Ismaïla Sarr sur le poteau (25e), symbolisait cette domination méthodique.
Mais derrière cette maîtrise offensive se cachait déjà une fragilité. Les Belges cherchaient systématiquement à étirer le bloc sénégalais en positionnant leurs latéraux très haut pour former une ligne offensive à six. À chaque montée, des intervalles apparaissaient entre les défenseurs et les milieux sénégalais. Ils étaient encore mal exploités avant la pause, mais le danger était installé.
Le deuxième but d’Ismaïla Sarr, magnifique enchaînement sur une transversale millimétrée de Niakhaté (52e), aurait dû définitivement lancer les Lions. À 2-0, tout semblait sous contrôle. C’est précisément là que le match a échappé au Sénégal.
Les changements infructueux de Pape Thiaw
Rudi Garcia a d’abord changé la physionomie de la rencontre. L’entrée de Romelu Lukaku a offert un point d’appui permanent, obligeant la défense sénégalaise à reculer. Puis Lukébakio a apporté la profondeur qui manquait jusque-là. En face, les changements de Pape Thiaw ont eu l’effet inverse. En sortant progressivement ses principaux points d’ancrage techniques, il a privé son équipe de sa meilleure arme : conserver le ballon pour défendre.
Les Lions n’ont plus pressé, n’ont plus gardé la possession et n’ont jamais retrouvé la moindre sortie propre. Ils ont reculé sans jamais resserrer leurs lignes. Les espaces dans les demi-espaces, déjà visibles avant la pause, sont devenus immenses. Lukaku a puni un marquage trop passif (86e), avant que Tielemans ne profite d’une sortie hésitante de Mory Diaw pour égaliser de la tête (89e). En trois minutes, le Sénégal venait de dilapider quatre-vingt-cinq minutes de maîtrise.
Le temps supplémentaire n’a été qu’une lente agonie. Les Lions, touchés mentalement, ont continué à subir. Bara Sapoko a tenté d’apporter du dynamisme, Ibrahim Mbaye s’est procuré une balle de match (108e), mais le contrôle avait définitivement changé de camp. Le penalty accordé après intervention de la VAR pour une faute de Lamine Camara sur Tielemans, alors qu’aucune vérification n’avait été effectuée sur le duel entre Tielemans et Niakhaté sur l’égalisation belge, a ajouté une dernière dose de frustration. Tielemans prenait Mory Diaw à contre-pied et transformait la sentence (124e).
Cette élimination laissera un goût particulier. Parce que le Sénégal n’a pas été dominé. Il s’est battu lui-même. Pendant plus d’une heure, les hommes de Pape Thiaw avaient livré leur match le plus accompli depuis la CAN, retrouvant une identité collective que l’on croyait perdue. Puis ils ont cessé de jouer, reculé sans réagir aux ajustements adverses et laissé la Belgique reprendre un match qu’elle semblait avoir abandonné.
Les grandes nations savent fermer ce type de rencontre. Le Sénégal, lui, a laissé filer un 8e de finale qui lui tendait les bras. Plus qu’une élimination, c’est une immense occasion manquée. Une blessure qui risque de poursuivre longtemps cette génération.



