
Les confidences exclusives de Pape Doudou Diallo : « j’ai failli tout arrêter »
On a retrouvé celui qui a explosé les compteurs de la Ligue 1 la saison dernière. Exilé en Afrique de l’Est pour continuer sa progression, Pape Doudou Diallo se trouve aujourd’hui au Kenya. Dans cet entretien exclusif accordé à Galaxy, le meilleur buteur de la L1 en 2024-2025 (12 buts), est revenu sur ses mois de galère en Tanzanie, sa nouvelle vie à Kisii dans l’ancienne province de Nyanza, sa convocation ratée en équipe nationale A lors de la fenêtre de juin 2025, sa relation avec les internationaux de Saint-Louis…
Entretien
Comment se passe ton quotidien au Kenya ?
Tout se passe bien ici. Je profite de cette nouvelle aventure pour reprendre du plaisir à jouer au football. Je suis arrivé dans un championnat de haut niveau avec de bons clubs qui participent chaque année aux compétitions africaines de clubs comme Gor Mahia. Peut-être quand on entend parler de Kenya, on pense au manque de visibilité de son football. Mais croyez-moi ici on vit le football, les stades sont souvent pleins à craquer chaque week-end de championnat, les pelouses sont de bonne qualité. J’ai eu la chance d’évoluer dans un club avec des supporters incroyables. C’est le club qui compte le plus de fans au Kenya. Ici, c’est différent de ce qu’on a l’habitude de voir au Sénégal. Le football de club est très avancé ici. Pour le moment, je dirai que je suis en train de réussir mon pari. Quand je suis arrivé, l’objectif était d’avoir du temps de jeu. Depuis, je joue régulièrement. Je commence à être décisif. Je retrouve petit à petit la confiance.
Qu’est-ce qui a facilité ton intégration ?
Au début, je croyais que ça allait être difficile parce que je suis arrivé dans un championnat où je suis pratiquement le seul joueur sénégalais à y évoluer. Je ne connaissais personne à mon arrivée, mais j’ai trouvé des gens très accueillants, on m’a bien intégré. Les supporters m’adorent, mes coéquipiers aussi. J’adore la ville, je suis logé dans un hôtel. Par rapport à la nourriture, c’était compliqué au départ parce que j’ai l’habitude de déguster des plats sénégalais. C’est après qu’on a mis à ma disposition une personne qui sait cuisiner à la sénégalaise. Il sait préparer tout ce que je veux manger. Il me sert également d’interprète parce qu’il comprend le français et les langues parlées ici comme l’anglais et le swahili.
Ici les joueurs sont bien payés. Il n’y a pas de retard ou d’arriérés de salaire. Le 28 de chaque mois tu reçois ton virement
Sur le plan financier, est-ce que ça gagne mieux qu’au Sénégal ?
Sur le plan financier, on gagne mieux qu’au Sénégal. Par exemple, ce que je perçois au Kenya si je l’avais au Sénégal, je n’allais jamais quitter le pays. Ici les joueurs sont bien payés. Il n’y a pas de retard ou d’arriérés de salaire. Le 28 de chaque mois tu reçois ton virement. C’est l’une des raisons qui m’ont poussé à faire ce choix. Avant de venir au Kenya, j’avais d’autres propositions venant de Chypre et d’autres clubs en Afrique. Mais l’offre kenyane a été la plus intéressante.
Justement, comment tu t’es retrouvé au Kenya, alors que quand tu as quitté le Sénégal, c’était pour signer à Azam ?
Mon club actuel en l’occurrence Shabana FC et Azam sont des partenaires. Ils partagent le même sponsor. En principe, je devais être envoyé en prêt au Rwanda dans un club qui s’appelle APR, mais les deux camps n’étaient pas d’accord sur certaines conditions. Ensuite, on m’avait proposé au FC Lupopo en RD Congo, mais là-bas aussi, c’était une question de salaire. C’est après que le club kenyan est venu au dernier moment. Ils m’ont assuré du temps de jeu. Comme je cherchais un nouveau challenge pour rebondir, le choix était devenu beaucoup facile. Le club m’a permis de retrouver du temps de jeu. J’essaie de faire le maximum sur le terrain, côté salaire, c’est Azam qui s’en occupe. Tout ce qu’on me demande, c’est d’être performant.
Pourquoi tu n’as pas réussi à s’imposer à Azam ?
Ce n’était pas facile de quitter le Sénégal et d’atterrir dans un grand club comme Azam. J’étais venu avec le statut de meilleur buteur du championnat sénégalais, donc il y avait une certaine pression sur mes épaules. Au début, l’adaptation a été difficile. J’ai trouvé sur place des internationaux, des joueurs d’expérience, des joueurs formés au club. C’est vrai que c’est le coach Florent Ibenge qui me voulait, et au début il m’avait fait jouer. Après, j’ai commencé à être laissé sur le banc. Ce que je ne comprenais plus. Parfois je ne figurais pas sur les feuilles de matchs, surtout en compétitions africaines de clubs. Face à cette situation, je me suis entretenu avec le coach qui m’a fait savoir que je dois continuer à travailler pour gagner ma place. En bon professionnel, je me suis concentré sur les entraînements et faire de mon mieux pour le convaincre. Malgré les efforts, j’ai constaté que les choses n’avançaient plus. J’étais presque oublié. Je me suis retrouvé alors dans une situation très compliqué.
Je voulais abandonner et passer à autre chose. Je voulais retourner au Sénégal auprès de ma famille.
Et comment as-tu vécu ces moments difficiles ?
À un moment donné, j’ai failli tout arrêter. Je voulais abandonner et passer à autre chose. J’envisageais de retourner au Sénégal. Je me sentais seul. C’était ma première expérience à l’étranger. Mentalement je ne pouvais plus tenir. Heureusement, il y avait ma famille depuis Saint-Louis qui me réconfortait, malgré la distance.
Ne pensez-vous pas qu’il te manquait quelque chose pour être au même niveau que les autres ?
C’est vrai que j’avais trouvé sur place des joueurs d’expérience. Mais ils n’étaient pas plus talentueux que moi. C’est parce que ce sont des fils du club. D’autres ont des statuts d’intouchables. En plus, j’étais le plus jeune de l’effectif. J’ai le talent pour les concurrencer. Malheureusement, on ne m’a donné l’occasion de bien s’exprimer sur le terrain. D’autres agents qui étaient au courant de ma situation voulaient me relancer, mais j’étais sous contrat avec un certain Matar qui est le frère d’Aliou Cissé. C’est lui qui s’occupe de mes affaires.
En dehors de ta famille qui te soutenait depuis Saint-Louis, il y a-t-il d’autres personnes qui ont essayé de t’aider à sortir de cette situation ?
Il y’ avait Amara Traoré. Je l’entendais souvent. Il me soutenait beaucoup dans ces moments difficiles. Lui, c’est un père pour moi. Si j’ai atteint ce niveau actuel, c’est en partie grâce à lui. C’est lui qui a réussi à me relancer à la Lingère. Il savait comment m’utiliser. Avec Amara, c’était beaucoup plus facile.
Qu’est-ce qu’il représente pour toi ?
C’est grâce à lui que j’ai terminé meilleur buteur du championnat la saison dernière, il m’a beaucoup aidé parce que j’en avais besoin après des moments de galère à Génération Foot. Je blessais beaucoup. Parfois, c’était les adducteurs ou la cheville. Heureusement, mon retour à Saint-Louis a relancé ma carrière. GF voulait me prêter à Wally Daan, mais j’ai opté pour la Lingère. C’est vrai que quand je suis arrivé, je ne pensais pas pouvoir terminer meilleur buteur. J’accusais beaucoup de retard par rapport aux autres concurrents. Comme l’appétit vient en mangeant, j’ai commencé à marquer, et mon triplé contre Casa Sports m’a poussé à revoir mes ambitions à la hausse. Derrière, tout ce que je touchais se transformait en or.
Je m’inspirais beaucoup d’Éden Hazard, un style qui me plait beaucoup. Je regardais beaucoup ses vidéos quand il était encore joueur.
Si tu devrais nous décrire ton style, quel genre d’attaquant es-tu ?
Je m’inspirais beaucoup d’Éden Hazard, un style qui me plait beaucoup. Je regardais beaucoup ses vidéos quand il était encore joueur. Sa façon de se comporter quand il est dans le dernier tiers. Je jouais aussi comme attaquant de pointe à la Lingère. Je ne voulais pas me focaliser uniquement sur les buts, mais je voulais améliorer mes dribbles, être un attaquant complet. En tant que droitier, j’aime évoluer sur le côté gauche pour être beaucoup plus dangereux.
Si tu voulais changer quelque chose dans ton jeu, ce serait quoi ?
Si j’avais quelque chose à améliorer dans mon jeu, ce serait l’efficacité et j’y travaille au quotidien. Je suis un attaquant physique, puissant et technique. Donc il me reste à améliorer ce côté efficacité pour devenir un joueur complet.
C’était une grosse déception mais je ne voulais pas donner trop d’importance à cela parce qu’il y avait une saison à terminer
Lors de la fenêtre de juin 2025, tu étais annoncé en sélection A. Mais tu n’as pas pu rejoindre la Tanière. Qu’est-ce qui s’était réellement passé ?
On m’a une fois parlé de présélection en équipe nationale A, l’année dernière. C’est Amara lui-même qui m’avait annoncé la nouvelle. Je devais prendre part aux deux rencontres amicales contre l’Angleterre et l’Irlande. Par la suite, je n’ai plus aucune information sur cette convocation. Même Amara ne comprenait pas. C’était une grosse déception mais je ne voulais pas donner trop d’importance à cela parce qu’il y avait une saison à terminer et j’étais en lice pour le titre de meilleur buteur du championnat.
Quand on pense à Saint-Louis, ta ville de naissance, on pense à Ismaila Sarr et autres. Quelle relation entretiens-tu avec ces internationaux sénégalais ?
À Saint-Louis, tous les professionnels sont mes amis. Je peux citer Ismaila Sarr, Ousseynou Ba, Pape Ibnou Ba, Ndiaga Yade, on discute régulièrement, il me donne des conseils. Ibrahima Ndiaye « Messi » aussi. De bonnes personnes qui essaient tout le temps de m’orienter. Quand ils viennent en vacances, on est tout le temps ensemble. Ils m’offrent des chaussures d’entraînement.



