
Immersion dans la folle soirée de la diaspora sénégalaise : Harlem a vibré au rythme des Lions
Entre tension, doutes, explosions de joie et espoir retrouvé, la fan-zone de l’Association des Sénégalais d’Amérique (ASA), au cœur de Harlem, a vécu toutes les émotions du large succès (5-0) des Lions face à l’Irak. Un petit bout de Dakar transporté à New York.
Harlem, 116e Rue. Ici, presque tout le monde parle wolof. Les devantures sénégalaises se succèdent, les salutations fusent d’un trottoir à l’autre, les odeurs de cuisine rappellent Sandaga. Dans ce quartier surnommé « Little Sénégal », les journalistes sénégalais, privés de déplacement à Toronto, ont trouvé leur stade de substitution : le quartier général de l’Association des Sénégalais d’Amérique (ASA).
Bien avant le coup d’envoi, la petite salle affiche complet. Trop petite, même. La chaleur y est étouffante, malgré une climatisation rapidement dépassée par une assistance compacte. Tous les regards convergent vers un unique écran géant. L’hymne sénégalais passe presque dans un silence inhabituel. L’enjeu tétanise davantage qu’il ne rassemble.
De la crispation à la joie quelque peu mesurée
Le premier but des Lions est accueilli avec une retenue surprenante. Quelques applaudissements, des coups de tam-tam timides, mais surtout beaucoup de prudence. L’expulsion d’un défenseur irakien nourrit un peu d’espoir, vite refroidi par une première période jugée trop poussive.
À la pause, les débats deviennent passionnés. Les choix de Pape Thiaw sont décortiqués, les changements réclamés avec insistance. « Cette équipe ne me rassure pas du tout. On joue contre un adversaire à dix et pourtant on n’arrive pas à faire la différence. Il faut que Pape Thiaw se réveille. On doit gagner largement pour garder espoir », lâche Cheikhkouna Seck, tailleur installé à New York.
Comme si les Lions avaient entendu le message. Dès la reprise, le scénario bascule. Les deuxième et troisième buts font littéralement exploser la salle. Les visages fermés disparaissent au profit des embrassades, des chants et des danses improvisées. Chaque nouvelle réalisation fait monter un peu plus le volume des tam-tams et des encouragements. À 5-0, Harlem ressemble soudain à une petite tribune du stade Abdoulaye-Wade.
Au coup de sifflet final, les supporters débordent naturellement sur les trottoirs de Little Sénégal. La police new-yorkaise, qui avait pris les devants en sécurisant l’avenue avant le match, veille discrètement. Les célébrations restent bon enfant. « Cette victoire dissipe une partie des inquiétudes. On aurait aimé être à Toronto, mais vivre ce match avec nos compatriotes dans cette ambiance nous a donné l’impression d’y être », savoure Mor Bassine Niang, secrétaire général de l’Association nationale de la presse sportive du Sénégal (ANPS).
« Accueillir autant de compatriotes et de journalistes est une grande fierté »
Même satisfaction chez Mamadou Thiam, président de l’ASA : « Nous avons transformé notre salle en un petit stade. Accueillir autant de compatriotes et de journalistes est une grande fierté. C’est une double satisfaction, même si la qualification n’est pas encore officielle. »
Lamine Bara Diop, résident new-yorkais, préfère déjà regarder vers la suite : « Cette victoire rassure, même si elle arrive un peu tard. Maintenant, il faut espérer que l’Espagne et l’Égypte fassent le travail. »
Lorsque les derniers coups de tam-tam résonnent dans Harlem, personne ne veut encore quitter les lieux. Les sourires sont revenus, les inquiétudes se sont estompées. La grande délivrance, elle, attend désormais son verdict venu d’ailleurs. Mais, le temps d’une soirée, Little Sénégal a retrouvé toute la ferveur de Dakar.



