
Mondial 2026 : pourquoi Pape Thiaw ne devrait pas chambouler son équipe
Malgré les critiques qui ont suivi la défaite face à la France (1-3), le sélectionneur sénégalais ne devrait pas bouleverser son onze type contre la Norvège. Les raisons d’une fidélité qui n’est ni de l’entêtement, ni de l’aveuglement mais une conviction.
Après une défaite en phase de groupes d’un Mondial, le réflexe pavlovien voudrait que le sélectionneur sorte le scalpel, change trois ou quatre pions, et réponde aux critiques par le mouvement. Pape Thiaw n’est pas du genre à céder à ce réflexe. La Tanière, depuis le coup de sifflet final du Metlife Stadium, n’est pas en ébullition. Elle est en analyse. Et l’analyse, au fond, plaiderait pour la continuité.
Une heure convaincante qui change tout
Pour comprendre pourquoi Thiaw ne devrait pas tout chambouler, il faut relire honnêtement ce match contre la France. Pendant soixante minutes, le Sénégal a tenu. Mieux : il a été la meilleure équipe en première période surtout. Bloc compact, pressing organisé, transitions rapides. Les deux meilleures occasions du match sont sénégalaises avec la frappe de Jackson sur le poteau à la 25e, le raté d’Izo à la 45e+5 après le retrait de Mané. Ce n’est pas l’image d’une équipe structurellement défaillante. C’est l’image d’une équipe qui a manqué d’efficacité et qui a subi une baisse d’intensité fatale après l’heure de jeu. Ces deux maux-là ne se soignent pas en changeant dix joueurs. Ils se soignent avec le travail, le repos et la confiance.
En conférence de presse, Pape Thiaw a reconnu que les occasions françaises provenaient de « pertes faciles » de son équipe, mais il a défendu ses cadres, convaincu qu’ils retrouveront leur meilleur niveau au fil de la compétition. Ce n’est pas la langue de bois d’un coach sous pression. C’est la lecture d’un technicien qui sait que la condition physique de son groupe, pas encore au niveau optimal, montera en puissance match après match.
La colonne vertébrale est intouchable
Les plus ciblés par la baisse d’intensité de la seconde période sont aussi les moins susceptibles d’être sacrifiés. Kalidou Koulibaly, revenu de blessure juste avant le tournoi, Idrissa Gana Gueye et Pape Gueye, tous trois en deçà de leur niveau habituel, jouissent d’un crédit que ne peuvent pas effacer 90 minutes difficiles. Koulibaly cumule désormais 8 sélections en Coupe du monde, à égalité avec Ismaïla Sarr au rang de joueur le plus capé de l’histoire du Sénégal dans la compétition. On ne relègue pas une telle stature sur un banc après un seul match mitigé.
Le sélectionneur des Lions le sait, et son histoire avec cette sélection le confirme. Il ne fait pas de gros turnover en compétition officielle surtout quand il y a une qualification à aller chercher. La méthode Thiaw, c’est d’abord la confiance aux cadres et le temps comme allié même s’il n’a pas une hiérarchie figée.
Le seul vrai suspense : le troisième milieu
Si la colonne vertébrale ne bougera pas, un seul poste génère une véritable interrogation : la troisième place au milieu de terrain. Lamine Camara, titulaire face à la France, a rendu une copie contrastée. Important sans ballon (courses, pressing, volume de travail) il a été moyen dans la gestion du cuir, sans la prise de décision qui avait fait sa légende à la CAN 2023. Son remplaçant, Habib Diarra, entré à la 75e, n’a pas non plus marqué les esprits. Entre deux profils qui n’ont pas convaincu, Thiaw devra choisir le moins mauvais risque ou surprendre avec une troisième option. C’est là, et là seulement, que le vrai puzzle tactique se pose.
Sarr et Mané, intouchables malgré le feu nourri
Ismaïla Sarr, cible de critiques acerbes après son raté de la 45e+5, ne devrait pas non plus être « sanctionné » par une mise sur le banc. Ibrahim Mbaye a montré de belles choses en sortie de banc. Son but à 90’+5 avait la classe d’un titulaire mais l’entraineur des Lions ne devrait pas reléguer un de ses cadres sur un raté, aussi douloureux soit-il. Sarr a été l’un des Lions les plus dangereux avant la pause. Ce n’est pas rien.
Quant à Sadio Mané, la discussion n’a même pas lieu d’être. Les données physiques du match parlent d’elles-mêmes : 10,7 km parcourus, le plus grand total de tous les Lions sur la pelouse du Metlife. 17 sprints. Un couloir gauche à tenir contre Koundé et Olise en permanence. Si son rendement offensif a été terne, ce n’est pas un problème d’état de forme mais plutôt le prix d’une abnégation défensive. Un passe décisive lui tendait les bras si Sarr avait marqué. Il a fait le travail ingrat. Contre la Norvège, il continuera de le faire.
Haaland impose la prudence, pas le risque
Le contexte du prochain adversaire plaide également pour la continuité. La Norvège emmène au Mondial une génération exceptionnelle : Haaland, Ødegaard, Sørloth, Nusa, huit victoires en huit matchs en qualifications, 37 buts inscrits pour seulement cinq encaissés. Auteur de 16 buts lors des éliminatoires, Haaland sera la figure de proue d’un groupe qui allie puissance physique et technique de haut niveau. Face à une telle armada, la dernière chose dont le Sénégal a besoin, c’est d’un onze remanié sans automatismes, sans repères, sans la confiance qui naît de la répétition.
Le Sénégal n’a pas perdu contre la France parce que son équipe était mal composée. Il a perdu parce qu’il n’a pas tué le match quand il le pouvait, et qu’il a sombré physiquement dans le dernier quart d’heure. Ces deux problèmes-là, Pape Thiaw entendrait les régler par le même onze, mieux reposé, mieux huilé et avec la certitude que la qualification se joue maintenant. Pas en agitant le Meccano. En faisant confiance à ce groupe.



