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DÉBAT : La CAN 2032, ou l’ambition sénégalaise à l’épreuve du réel

Alors que Khady Diène Gaye a annoncé la candidature du Sénégal pour accueillir la CAN 2032, la réalité des infrastructures footballistiques du pays tempère sérieusement l’enthousiasme. Entre ambition politique et déficit structurel, les Lions du pays de la Téranga risquent de courir après un rêve d’organisation bien trop grand pour leurs stades.

Lundi, devant l’Assemblée nationale, la ministre Khady Diène Gaye a officialisé l’ambition. Le Sénégal prépare sa candidature pour organiser la CAN 2032. Quarante ans après l’édition de 1992 organisée sous Abdou Diouf, les Lions de la Téranga, champions d’Afrique en titre, entendent accueillir le continent chez eux. Le symbole est beau. Le calendrier, lui, est impitoyable.

Car derrière la déclaration ministérielle se cache une vérité que personne à Dakar ne veut vraiment regarder en face : le Sénégal n’a, à ce jour, qu’un seul stade homologué par la Confédération africaine de football (CAF), le stade Abdoulaye Wade de Diamniadio. Le stade Léopold Sédar Senghor, réhabilité au prix d’efforts considérables, attend encore son certificat de conformité. Six ans pour tout régler ? La question mérite d’être posée sans détour.

Un cahier des charges qui donne le vertige

Les exigences de la CAF pour l’organisation d’une phase finale ne sont pas négociables. Il faut au minimum deux stades de 15 000 places, au moins deux enceintes de 20 000 places, et deux stades capables d’accueillir 40 000 spectateurs. À cela s’ajoutent des terrains d’entraînement en gazon naturel sur chaque site, des installations médicales permanentes incluant des ambulances médicalisées, des vestiaires aux normes précises, des infrastructures hôtelières de haut niveau mais également assurer une logistique complexe en transport, sécurité, télécommunications et santé. Ce n’est pas une liste de souhaits : c’est un contrat.

Or le Sénégal devrait réhabiliter en profondeur le stade Lat-Dior de Thiès, le stade Caroline Faye de Mbour, le stade Aline Sitoé Diatta de Ziguinchor, et potentiellement construire de zéro un nouveau stade à Saint-Louis. Autant de chantiers colossaux, dans un pays sous programme avec le FMI, dont les arbitrages budgétaires laissent peu de place aux grands travaux sportifs.

Le syndrome des JOJ, ou l’avertissement que personne n’écoute

L’argument le plus implacable contre l’optimisme ambiant ? Les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ), attribués au Sénégal depuis 2018. Dakar 2026 est dans moins de quatre mois. Les chantiers, au moment où ces lignes sont écrites, n’ont pas tous été livrés même si les travaux sont dans leurs phases terminales. Si le pays met autant de temps à se préparer pour des Jeux de jeunesse, comment convaincre la CAF de lui confier une CAN dans six ans ?

Cette comparaison n’est pas anodine. Elle illustre une fragilité structurelle dans la chaîne de gestion des grands événements sportifs au Sénégal : des annonces ambitieuses, un enthousiasme initial sincère, puis l’essoufflement face à la complexité administrative et financière du réel.

Le soft-power peut-il tout justifier ?

Il serait injuste, cependant, de rejeter en bloc cette ambition. Le soft-power d’une CAN est réel entre retombées économiques, image internationale, attractivité touristique et dynamique nationale. Et le Sénégal dispose d’un atout que la candidature de 1992 n’avait pas une équipe nationale en pleine puissance, double championne d’Afrique (2021 et 2025), qui incarne une narrative forte. Organiser la CAN chez les champions en titre, c’est une histoire que la CAF elle-même aurait envie de raconter.

Mais une belle histoire ne remplace pas des fondations solides. La question n’est pas de savoir si le Sénégal mérite d’accueillir la CAN 2032. Elle est de savoir s’il en a les moyens concrets, maintenant, dans les six prochaines années, avec les contraintes budgétaires qui sont les siennes. La réponse honnête, à date, reste suspendue entre le rêve et le chantier, et l’un des deux avance beaucoup plus vite que l’autre.

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