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Sonko limogé : vers un retour à l’Assemblée et au perchoir ?

Le limogeage de Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye, ce vendredi 22 mai 2026, ouvre une nouvelle séquence politique aux conséquences encore imprévisibles pour le Sénégal. Plus qu’un simple changement à la Primature, cette décision marque la rupture officielle entre les deux figures qui avaient porté ensemble l’alternance de 2024.

Pendant plusieurs mois, les signes de tensions étaient perceptibles entre les deux hommes. Divergences sur la conduite des réformes, gestion du pouvoir, stratégie politique et gouvernance économique : les désaccords, jusque-là contenus, ont finalement éclaté au grand jour avec cette décision présidentielle qui redistribue totalement les cartes au sommet de l’État.

Mais au-delà du choc politique immédiat, une question domine désormais le débat public : quel avenir institutionnel pour Ousmane Sonko ?

L’ancien Premier ministre pourrait rapidement redevenir un acteur central de la vie politique nationale, notamment à travers un retour possible à l’Assemblée nationale. Une hypothèse loin d’être anodine dans un contexte où le Parlement pourrait devenir le principal terrain de confrontation entre les deux anciens alliés.

Sur le plan juridique, la question du retour de Sonko comme député alimente déjà les débats parmi les constitutionnalistes et les acteurs politiques. La Constitution sénégalaise prévoit une incompatibilité entre les fonctions gouvernementales et le mandat parlementaire. L’article 54 dispose ainsi que la qualité de membre du gouvernement est incompatible avec celle de député, tandis que l’article 56 précise qu’un parlementaire nommé au gouvernement cesse de siéger durant l’exercice de ses fonctions ministérielles.

Le règlement intérieur de l’Assemblée nationale reprend également ce principe d’incompatibilité. Toutefois, l’interprétation des textes reste au cœur des discussions. Certains juristes estiment que le mandat parlementaire de Sonko n’a jamais été définitivement perdu mais simplement suspendu le temps de son passage au gouvernement. Dans cette lecture, son départ de la Primature pourrait automatiquement lui permettre de retrouver son siège à l’Assemblée.

D’autres spécialistes du droit soutiennent au contraire que son remplacement parlementaire est devenu définitif après son entrée au gouvernement, ce qui nécessiterait une nouvelle procédure ou une décision des juridictions compétentes pour lui permettre de redevenir député.

Cette bataille juridique pourrait rapidement se transformer en bataille politique majeure.

Car derrière le débat sur le mandat parlementaire se profile une autre hypothèse, beaucoup plus stratégique : celle d’une éventuelle candidature de Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale.

Si l’ancien chef du gouvernement parvient à retrouver son siège de député et à conserver une influence suffisante sur la majorité parlementaire, il pourrait tenter de prendre le contrôle de l’institution législative. Un scénario qui ferait de lui la deuxième personnalité de la République dans l’ordre protocolaire.

Une telle configuration installerait alors une situation inédite dans l’histoire politique récente du Sénégal : un président de la République issu de Pastef face à un président de l’Assemblée nationale appartenant au même camp politique d’origine mais devenu potentiellement rival.

Dans ce contexte, l’Assemblée nationale pourrait devenir un véritable contre-pouvoir institutionnel capable de peser sur l’action gouvernementale, les réformes et les grands équilibres politiques du pays.

Pour de nombreux observateurs, le limogeage de Sonko ne signe donc pas sa fin politique. Au contraire, cette rupture pourrait lui permettre de se repositionner comme leader politique autonome, en s’appuyant sur sa popularité militante et sur son poids au sein de l’appareil de Pastef.

L’avenir dépendra désormais de plusieurs facteurs : la fidélité des députés de la majorité, la réaction de la base militante, les arbitrages juridiques autour de son mandat parlementaire et surtout la capacité des deux hommes à éviter que leur rupture ne débouche sur une crise institutionnelle durable.

Une chose semble néanmoins acquise : la séquence ouverte ce 22 mai 2026 marque un tournant majeur dans l’histoire du pouvoir issu de l’alternance de 2024.

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