
Quand la communication de nos autorités sportives vire au fiasco
Il y a les problèmes d’infrastructures. Il y a les problèmes d’organisation. Et puis il y a le problème de communication. Au Sénégal, les trois semblent désormais fonctionner en parfaite harmonie. Depuis quelques jours, les autorités sportives enchaînent les couacs, les contradictions et les sorties à contretemps. La Fédération sénégalaise de Football n’en est malheureusement plus à son premier épisode. Mais cette fois, le ministère des Sports semble lui aussi avoir attrapé le virus.
L’affaire du match Sénégal / Mozambique en est la parfaite illustration. Annoncée dans un premier temps au stade Léopold Sédar Senghor, la rencontre des éliminatoires de la CAN 2027 ne se jouera finalement pas au Sénégal. Elle sera délocalisée à Maputo. Et, cerise sur le gâteau, ce n’est même pas la Fédération sénégalaise de Football qui a été la première à l’annoncer.
C’est son homologue mozambicaine qui a vendu la mèche. Alors que la FSF, en tant que fédération recevante, devait naturellement informer son opinion publique de cette décision, il aura fallu attendre plus de dix heures avant d’obtenir sa confirmation officielle.
Quand les versions se télescopent
Des heures pour confirmer une information déjà publique. Des heures pendant lesquelles le doute s’installe, les interrogations fusent et les réseaux sociaux s’enflamment. Est-ce donc cela, désormais, la communication institutionnelle dans le football sénégalais ?
Les explications avancées sont connues : le stade Abdoulaye Wade n’est pas disponible en raison des préparatifs liés aux Jeux olympiques de la jeunesse, tandis que le stade Léopold Sédar Senghor ne présenterait pas toutes les garanties nécessaires pour accueillir une rencontre internationale officielle.
Mais comment comprendre, dans le même temps, la communication du ministère des Sports assurant que Diambars et Teungueth FC disposent bien d’une enceinte leur permettant de recevoir leurs adversaires dans les compétitions africaines de clubs ?
Qui croire ?
Quelques heures seulement séparent les deux communications. L’une rassure sur la capacité du Sénégal à accueillir des rencontres africaines. L’autre confirme que l’équipe nationale, elle, doit quitter le pays pour jouer un match qu’elle devait recevoir à domicile.
C’est précisément là que le bât blesse. Une communication institutionnelle efficace ne consiste pas à publier un communiqué pour répondre au communiqué précédent. Elle ne consiste pas non plus à démentir une information pour ensuite, quelques heures ou quelques jours plus tard, produire une réalité qui semble lui donner raison.
À force de communiquer dans l’urgence, nos institutions finissent par donner l’impression qu’elles ne maîtrisent plus leur propre agenda.
Et la pelouse du stade Abdoulaye Wade ?
L’autre épisode qui interpelle concerne le stade Abdoulaye Wade. Lors d’une rencontre du tournoi UFOA-U17, lundi dernier, les spectateurs présents ont pu constater la dégradation de la pelouse. Les images ont rapidement circulé. Le lendemain, la SOGIP, en charge de la gestion de l’infrastructure, a publié un communiqué pour tenter d’apporter des explications.
Mais là encore, au lieu d’éteindre la polémique, la communication a suscité davantage d’interrogations. Lorsqu’une pelouse que tout le monde voit se dégrader est présentée autrement dans un communiqué, ce n’est plus seulement une question de gazon. C’est une question de crédibilité.
Une institution n’est pas obligée de convaincre à tout prix. Elle doit surtout dire la vérité, reconnaître les difficultés lorsqu’elles existent et expliquer clairement les mesures prises pour y remédier. Sinon, le public finit par ne plus croire personne.
Les JOJ étaient pourtant connus depuis des années
Le plus difficile à comprendre dans cette affaire reste l’absence d’anticipation. Les Jeux olympiques de la jeunesse ne sont pas tombés du ciel. Leur organisation au Sénégal est connue depuis des années. Leur calendrier également. Les contraintes liées au stade Abdoulaye Wade pouvaient donc être anticipées.
La FSF savait qu’elle pourrait perdre cette enceinte pendant une certaine période. Elle savait aussi que l’équipe nationale aurait des matchs officiels à disputer. Alors pourquoi attendre d’être au pied du mur ?
Le stade Lat Dior de Thiès ou le stade Léopold Sédar Senghor auraient dû être préparés depuis longtemps comme véritables solutions de repli.
Il fallait anticiper les travaux, vérifier les installations, s’assurer de la disponibilité des équipements et, surtout, travailler avec les différentes structures concernées pour qu’aucune surprise ne puisse surgir au dernier moment.
C’est cela, gérer une fédération. C’est cela, gérer un département ministériel. Prévoir les problèmes avant qu’ils ne deviennent des crises.
Double champion d’Afrique… et sans maison
Le paradoxe est saisissant. Le Sénégal est double champion d’Afrique. Les Lions ont disputé trois finales lors des quatre dernières éditions de la CAN. Les sélections nationales ont remporté des titres continentaux dans quasiment toutes les catégories. Les clubs sénégalais participent régulièrement aux compétitions africaines.
Et pourtant, le pays peine encore à offrir à son équipe nationale une enceinte stable et opérationnelle pour ses rencontres internationales. Un double champion d’Afrique qui doit chercher refuge à l’étranger pour recevoir ses adversaires : le symbole est terrible.
Bien sûr, une délocalisation peut arriver. Elle n’est pas, en elle-même, une catastrophe. Ce qui interpelle, c’est la manière dont elle survient, la confusion qui l’accompagne et l’impression d’improvisation qui se dégage de la gestion du dossier.
Le Sénégal ne manque pourtant pas de compétences. Il ne manque pas non plus de professionnels capables d’anticiper et de communiquer correctement. Ce qui semble manquer, c’est une véritable coordination.
Le problème dépasse désormais la FSF
Il serait trop facile de faire de la Fédération sénégalaise de football l’unique responsable de ce désordre. Elle porte évidemment une part importante de responsabilité dans la gestion du football national. Mais le problème est désormais plus large. C’est toute la chaîne institutionnelle qui semble grippée.
FSF, ministère des Sports, gestionnaires des infrastructures : chacun communique de son côté, chacun tente de défendre son périmètre, mais le public, lui, se retrouve face à des versions qui se croisent, se contredisent ou arrivent trop tard.
Or, dans le sport moderne, la communication n’est pas un détail. Elle participe directement à la crédibilité d’une institution. Il faut donc sortir de cette logique du « communiqué-réponse », du « démenti au démenti » et de la communication de crise permanente.
Il faut anticiper, coordonner, assumer et expliquer. Parce qu’aujourd’hui, le véritable problème du football sénégalais n’est pas seulement de savoir où les Lions vont jouer. Le véritable problème est de savoir qui pilote, qui anticipe et qui dit la vérité.
Et pour un pays qui se veut une grande nation du football africain, il est grand temps que les institutions soient enfin à la hauteur de cette ambition. Double champion d’Afrique, mais condamné à jouer ailleurs : difficile de trouver meilleur résumé du fossé entre nos ambitions et la réalité de notre gestion.



