
Projet industriel de Sadio Mané : Dr Ibrahima Mendy alerte sur les défis de la filière mangue
Le projet industriel porté par Sadio Mané autour de la transformation de la mangue suscite des réactions dans le milieu agricole. Dans une contribution, le Dr Ibrahima Mendy, enseignant-chercheur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor et ancien Directeur de l’Analyse, de la Prévision et des Statistiques Agricoles (DAPSA), appelle à considérer avec sérieux les observations formulées par le doyen Souleymane Bassoum sur les conditions de réussite d’un tel investissement.
Pour le Dr Ibrahima Mendy, les critiques adressées à Souleymane Bassoum, dont l’expertise et l’expérience dans la filière mangue sont reconnues, ne devraient pas occulter la pertinence des questions soulevées.
Il estime notamment que l’étalement de la production et la complémentarité entre l’agrobusiness et les petits producteurs constituent deux paramètres essentiels que le projet devra intégrer dès sa conception.
Au-delà de la disponibilité de la matière première, plusieurs défis pourraient en effet conditionner la réussite de l’investissement.
Une production fortement saisonnière
La première difficulté concerne la saisonnalité de la mangue. Selon le Dr Mendy, la période de maturité s’étale sur une durée relativement courte, autour de 45 jours. Une fois mûres, les mangues se dégradent rapidement, ce qui expose la filière à d’importantes pertes.
L’enjeu sera donc de mettre en place une chaîne efficace de collecte, conservation et transformation, avec éventuellement le recours à la surgélation afin de prolonger la disponibilité de la matière première.
Le défi de l’approvisionnement et de la logistique
Autre point soulevé : les pertes post-récolte. Dans certaines zones de production, elles peuvent être importantes en raison notamment de l’état des routes, de l’insuffisance des moyens de transport et des difficultés d’acheminement des fruits vers les unités de transformation.
La réussite d’une usine dépendra ainsi d’une organisation logistique capable de connecter efficacement les producteurs aux infrastructures industrielles.
L’enclavement de la Casamance, un enjeu majeur
Le Dr Ibrahima Mendy attire également l’attention sur la question de l’enclavement de la région.
Si la matière première doit être acheminée vers l’usine, les produits transformés devront ensuite pouvoir être transportés vers Dakar, les autres régions du pays ou les marchés internationaux.
Les coûts, les délais et la fiabilité des moyens de transport pourraient donc avoir une incidence directe sur la compétitivité de l’entreprise.
Comment faire fonctionner l’usine hors saison ?
C’est l’une des principales interrogations économiques soulevées dans la contribution. Une infrastructure industrielle lourde ne pourrait difficilement atteindre son plein potentiel si elle ne fonctionne que pendant quelques semaines ou quelques mois dans l’année. Pour le Dr Mendy, la question de la diversification des matières premières et des produits transformés devra donc être au cœur du modèle économique.
L’objectif serait de maintenir une activité industrielle durant les périodes de faible disponibilité de la mangue.
Normes sanitaires et exigences à l’export
Le marché international impose également des exigences élevées en matière de qualité, traçabilité, hygiène et sécurité alimentaire.
Les mangues destinées à l’exportation devront notamment répondre aux normes concernant l’utilisation des pesticides et les limites maximales de résidus.
Cela suppose, selon le spécialiste, un accompagnement technique des producteurs ainsi qu’un système de contrôle et de traçabilité performant tout au long de la chaîne.
La menace de la mouche des fruits
À ces contraintes s’ajoutent les risques phytosanitaires et climatiques. La mouche des fruits constitue notamment une menace importante pour la production de mangues en Casamance. Ses attaques peuvent réduire la quantité et la qualité des fruits disponibles.
Le changement climatique représente également un facteur d’incertitude susceptible d’influencer les rendements, les périodes de production et la qualité des récoltes.
L’anacarde, un autre paramètre à prendre en compte
Enfin, le développement de la production d’anacarde dans la région constitue, selon le Dr Mendy, un élément à intégrer dans la réflexion stratégique.
La progression de cette filière peut modifier l’occupation des espaces agricoles et la disponibilité des matières premières. Pour l’enseignant-chercheur, cette évolution pourrait également ouvrir une réflexion sur la diversification industrielle autour de plusieurs productions locales.
Un projet à penser au-delà de la seule mangue
À travers cette contribution, le Dr Ibrahima Mendy ne remet pas en cause le principe d’un investissement industriel dans la filière agricole. Il met plutôt en avant les conditions nécessaires à sa viabilité.
Pour lui, le projet devra prendre en compte simultanément la saisonnalité, l’organisation des producteurs, la logistique, l’enclavement, les normes sanitaires, les risques climatiques et phytosanitaires ainsi que la diversification des matières premières.
Autant de paramètres qui pourraient être déterminants pour transformer la disponibilité de la mangue en une véritable chaîne de valeur industrielle durable en Casamance.



