
Macky, Diomaye, Karim, Sonko : le Sénégal à l’heure d’une nouvelle recomposition politique ?
Deux ans après avoir quitté le pouvoir, Macky Sall va fouler ce vendredi 17 juillet 2026 de le sol sénégalais. Officiellement, cette visite s’inscrit dans le cadre de sa campagne pour obtenir le soutien de Dakar à sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies. Mais au-delà du caractère diplomatique affiché, son retour ouvre une séquence politique majeure qui interroge déjà les observateurs.
La rencontre annoncée avec le président Bassirou Diomaye Faye, les images de sa poignée de main avec Karim Wade à Doha, ainsi que les échanges entre le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade et l’actuel chef de l’État nourrissent les spéculations sur une possible recomposition du paysage politique sénégalais. Une question domine désormais les débats : où se situe Ousmane Sonko dans cette nouvelle dynamique ?
Le retour de Macky Sall, bien plus qu’une visite protocolaire
Depuis son départ du pouvoir en avril 2024, Macky Sall s’était fait discret sur la scène politique nationale, privilégiant ses activités internationales. Son retour intervient cependant dans un contexte particulier.
S’il est officiellement question d’obtenir le soutien de l’État du Sénégal à sa candidature aux Nations unies, le symbole est fort. Pour la première fois depuis l’alternance, l’ancien président retrouve le Palais de la République, cette fois comme ancien chef de l’État reçu par son successeur.
Pour de nombreux analystes, cette image dépasse largement le cadre diplomatique.
Diomaye Faye privilégie-t-il la logique institutionnelle ?
Depuis son accession au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye tente de construire une image de président rassembleur, attaché à la stabilité des institutions.
Recevoir Macky Sall qui na pas eu au début le soutien de son pays dans le cadre de sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies, peut être interprété comme une manière d’inscrire le Sénégal dans une tradition républicaine où les anciens chefs d’État conservent leur statut institutionnel, indépendamment des clivages politiques.
Cette posture peut également répondre à des impératifs diplomatiques. En soutenant un ancien président candidat à une fonction internationale, le Sénégal pourrait renforcer son image sur la scène mondiale.
Mais cette lecture institutionnelle ne convainc pas tous les acteurs politiques.
La poignée de main entre Macky Sall et Karim Wade : un symbole lourd de sens
Quelques jours avant ce retour à Dakar, les images de Doha ont déjà marqué les esprits.
Lors des cérémonies de condoléances organisées au Qatar, Macky Sall et Karim Wade se sont salués chaleureusement.
Pendant plus d’une décennie, les deux hommes incarnaient pourtant deux camps opposés. Le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade avait été condamné dans le cadre de la traque des biens mal acquis avant de bénéficier d’une grâce présidentielle puis de quitter le pays.
Cette poignée de main relance aujourd’hui toutes les hypothèses.
Simple geste de courtoisie diplomatique ou début d’une normalisation politique entre deux anciens adversaires ? Pour l’heure, aucune déclaration officielle ne permet de trancher.
Karim Wade et Diomaye Faye : vers un dialogue assumé ?
Autre image marquante de cette séquence politique : les échanges entre Karim Wade et Bassirou Diomaye Faye.
Depuis plusieurs mois, le président sénégalais multiplie les contacts avec différentes sensibilités politiques.
Cette stratégie d’ouverture peut être perçue comme une volonté d’apaiser les tensions héritées des dernières années ou comme une manière d’élargir progressivement sa majorité politique.
Dans les deux cas, elle marque une rupture avec la logique d’affrontement permanent qui a longtemps structuré la vie politique sénégalaise.
Ousmane Sonko, le grand absent des images
S’il est un acteur dont le positionnement sera scruté dans les prochains jours, c’est bien Ousmane Sonko.
Leader du Pastef et Premier ministre, Sonko reste l’incarnation du projet de rupture qui a conduit l’actuelle majorité au pouvoir.
Une partie importante de sa base militante continue d’exiger que des comptes soient rendus sur la gestion de l’ancien régime, notamment concernant les événements politiques ayant marqué les dernières années du pouvoir de Macky Sall.
Dans ce contexte, la réception de l’ancien président au Palais de la République suscite des interrogations jusque dans les rangs de la majorité.
La récente démission de l’ancien conseiller spécial Bentaleb Sow, en est une illustration. Dans sa lettre rendue publique, il explique notamment avoir quitté ses fonctions en raison de son opposition à la réception de Macky Sall au Palais, estimant que ce dernier devait d’abord répondre de son bilan politique.
Vers une nouvelle architecture politique ?
Au-delà des images, plusieurs scénarios se dessinent. Le premier est celui d’une simple séquence diplomatique, sans conséquence politique durable.
Le second verrait Bassirou Diomaye Faye poursuivre une stratégie d’ouverture en direction de plusieurs familles politiques, dans une logique de rassemblement national.
Enfin, un troisième scénario pourrait conduire à des tensions internes si une partie de la majorité considère que cette ouverture remet en cause les principes fondateurs du projet porté par Pastef.
Les enjeux des prochains mois
Le retour de Macky Sall intervient alors que plusieurs échéances politiques se profilent à moyen terme.
L’évolution des relations entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, l’avenir du Parti démocratique sénégalais autour de Karim Wade, ainsi que le rôle que Macky Sall entend jouer après sa campagne internationale pourraient redessiner les équilibres politiques du pays.
Pour l’instant, rien ne permet d’affirmer qu’une nouvelle alliance est en gestation. En revanche, les gestes observés ces derniers jours témoignent d’une évolution du climat politique.
Dans un Sénégal où les symboles occupent une place centrale, les images de Doha comme celles attendues au Palais de la République pourraient bien marquer le début d’une nouvelle séquence politique dont les véritables conséquences ne seront connues qu’au fil des prochains mois.



