
Exclusif – Cinq fractures au visage, un œil touché : le terrible récit de Bakary Sané sur sa blessure en Lituanie
Victime d’un terrible choc lors de la 28e journée du championnat de Lituanie entre le Džiugas et le Žalgiris, Bakary Sané a frôlé le pire. Le défenseur sénégalais de 23 ans, ancien pensionnaire de Diambars, a subi cinq fractures au visage, dont une ayant touché la zone de l’œil. Opéré après plusieurs heures d’attente, l’ancien international U17 pourrait être éloigné des terrains pendant plusieurs mois. Dans un entretien exclusif accordé à Galaxy SN, il revient sur cette terrible soirée, raconte sa prise en charge à l’hôpital, évoque la réaction du joueur à l’origine du choc et se confie sur son avenir.
Entretien
Bakary, racontez-nous ce qui s’est réellement passé lors de ce match?
C’était dimanche dernier, il y a pratiquement une semaine. Nous jouions contre le Žalgiris, dans le cadre de la 28e journée du championnat. Le choc s’est produit en deuxième période.
J’étais en duel aérien avec un attaquant adverse. Au moment où nous sommes allés disputer le ballon, il m’a donné un violent coup de coude au visage. Je ne l’ai pas vu venir parce que j’étais totalement concentré sur la trajectoire du ballon.
J’ai reçu le coup de plein fouet. Ensuite, j’ai perdu connaissance et je suis tombé au sol. Je ne savais même plus où j’étais. C’était un choc extrêmement violent. Le joueur était derrière moi au moment où j’essayais de jouer le ballon.
Après les examens, les médecins m’ont annoncé que j’avais cinq os fracturés au niveau du visage. L’un des os avait même bougé et touché la zone située derrière mon œil. À l’heure où je vous parle, j’ai encore des difficultés à voir correctement avec cet œil.
“L’un des os avait même bougé et touché la zone située derrière mon œil. À l’heure où je vous parle, j’ai encore des difficultés à voir correctement avec cet œil”
Que s’est-il passé juste après le choc ?
On m’a transporté à l’hôpital pour recevoir les premiers soins. Je suis arrivé vers 21 heures. Comme c’était dimanche, il n’y avait malheureusement pas suffisamment de personnel pour me prendre immédiatement en charge.
On m’a finalement fait passer un scanner. Après avoir constaté la gravité de ma blessure, les médecins m’ont expliqué qu’ils n’étaient pas en mesure de traiter mon cas et m’ont conseillé de me rendre dans un autre établissement.
Mais avant mon transfert, je suis resté sur place jusqu’à 23 heures, voire minuit. Je souffrais énormément. On me donnait simplement des médicaments pour calmer la douleur, mais ça ne passait pas, notamment parce que je saignais beaucoup.
L’intervention devait initialement durer 45 minutes, mais elle a finalement pris près de trois heures, compte tenu de la complexité et de la sensibilité de la blessure
Finalement tu as été transféré dans un autre hôpital, c’est ça?
Oui. J’ai ensuite été transféré dans un autre hôpital. Là-bas, les médecins ont réalisé un nouveau scanner. Après examen, ils m’ont expliqué qu’ils ne pouvaient pas m’opérer immédiatement, car il n’y avait pas de spécialiste disponible sur place. Je devais donc attendre le lendemain.
La situation était assez risquée parce que la blessure touchait mon œil. Après le choc, un os s’était déplacé jusque derrière l’œil.
J’ai donc passé toute la nuit à l’hôpital avec la douleur. Je n’ai pratiquement pas fermé l’œil et je saignais beaucoup. Le lendemain matin, vers 8 heures, un médecin est venu d’une autre région pour prendre en charge mon cas.
J’ai ensuite attendu jusqu’à 14 heures avant d’être opéré, soit environ six heures supplémentaires. L’intervention devait initialement durer 45 minutes, mais elle a finalement pris près de trois heures, compte tenu de la complexité et de la sensibilité de la blessure.
Heureusement, l’opération s’est bien passée. Je suis resté cinq jours à l’hôpital après l’intervention avant de pouvoir rentrer chez moi.
Quel a été le soutien de votre club durant cette période ?
Le club m’a vraiment beaucoup soutenu. Ils m’ont accompagné avant, pendant et après l’opération. C’est également le club qui a pris en charge l’ensemble de mes frais médicaux.
Mes coéquipiers ont aussi été présents. Ils m’ont beaucoup encouragé et m’ont donné de la force pendant cette période difficile.
“Ce qui m’a surtout blessé, c’est son comportement (le joueur qui l’a blessé) juste après le choc. Avant l’arrivée de l’ambulance, il faisait comme si de rien n’était”
Et le joueur à l’origine de cette blessure, a-t-il pris de vos nouvelles ?
Il m’a envoyé un message sur Instagram pour s’excuser. Il m’a expliqué qu’il ne l’avait pas fait exprès. C’est un geste que je peux saluer.
Mais, honnêtement, ça me fait toujours mal. Quand je revois les images, j’ai le sentiment qu’il aurait pu éviter ce geste. J’ai même parfois l’impression qu’il voulait me faire du mal.
Ce qui m’a surtout blessé, c’est son comportement (le joueur qui l’a blessé) juste après le choc. Avant l’arrivée de l’ambulance, il faisait comme si de rien n’était. Il était préoccupé par autre chose et pas vraiment par mon état.
Je n’ai pas senti de soutien de sa part à ce moment-là. Mais aujourd’hui, Dieu merci, je m’en suis bien sorti. C’est le plus important.
Les médecins vous ont-ils déjà donné une durée d’indisponibilité ?
Oui. Le médecin m’a expliqué que je serai éloigné des terrains pendant au moins trois mois. Cela pourrait même aller jusqu’à six ou sept mois.
Il m’a également prévenu que la récupération ne sera pas facile. La zone touchée est très sensible et on ne peut pas faire n’importe quel type de massage ou de traitement.
Pour le moment, la douleur a considérablement diminué. Je récupère progressivement.
“Le médecin m’a même expliqué que je devrais probablement jouer avec un masque pour le reste de ma carrière”
À votre retour sur les terrains, devrez-vous porter un masque de protection ?
Oui, c’est certain. Le médecin m’a même expliqué que je devrais probablement jouer avec un masque pour le reste de ma carrière.
Ce sera forcément sensible, mais je vais essayer de m’adapter. Le plus important aujourd’hui, c’est de bien récupérer et de retrouver toutes mes capacités.
Comment votre famille au Sénégal a-t-elle réagi en apprenant la nouvelle ?
Quelques heures après le choc, je ne pouvais même pas parler correctement. J’ai attendu de recevoir les premiers soins avant de pouvoir faire quoi que ce soit.
Mon grand frère a été la première personne que j’ai contactée. Je savais qu’il pourrait gérer la situation et surtout trouver la meilleure manière d’informer ma mère.
Elle a été très choquée lorsqu’elle a appris la nouvelle. Nous avons échangé et j’ai essayé de la rassurer. Elle a finalement mieux compris la situation lorsque je lui ai expliqué les détails, notamment parce qu’elle travaille dans un hôpital en tant que médecin et connaît ce genre de blessures.

La presse lituanienne a-t-elle beaucoup parlé de votre blessure ?
Oui, tout le monde en a parlé. Mais j’ai eu le sentiment qu’une certaine protection était accordée au joueur à l’origine de la blessure parce qu’il est un enfant du pays.
Il n’a pas vraiment été accablé. Pire, il n’a même pas reçu de carton jaune alors que, pour moi, il méritait clairement un carton rouge.
C’est quelque chose qui m’a beaucoup fait mal. Le collège des arbitres a également défendu l’arbitre de la rencontre.
Malheureusement, il n’y avait pas de VAR sur ce match. Mais les images existent et elles sont très claires. On m’a expliqué que la VAR n’intervenait que lors de certaines grandes affiches.
On m’a aussi dit que l’arbitre n’avait pas sorti de carton parce qu’il n’avait pas vu de sang couler. Pourtant, j’ai énormément saigné. Toutes les personnes présentes au stade peuvent en témoigner.
Mais aujourd’hui, l’essentiel est que je sois vivant et que je puisse récupérer. C’est le plus important.
Vous êtes désormais rentré chez vous. Êtes-vous seul ou bénéficiez-vous d’une assistance ?
Je suis chez moi depuis quelques jours. Je suis juste à côté d’un ami, qui est également mon coéquipier. Son appartement est juste à côté du mien et il m’aide pour certaines choses.
Pour le moment, tout se passe bien. Je récupère tranquillement.
Vous avez connu la Lettonie, Malte et maintenant la Lituanie. Est-ce difficile d’évoluer dans ces championnats moins médiatisés ?
Ce sont effectivement des championnats de seconde zone, qui sont beaucoup moins médiatisés et qui offrent moins de visibilité.
En Lituanie, par exemple, le basket est le sport roi. Le football n’a pas la même exposition qu’en France, en Espagne, en Angleterre ou en Italie.
Mais jouer dans ces championnats demande tout de même beaucoup d’aptitudes physiques et mentales. Ce n’est pas facile tous les jours.
“Ce qu’on gagne ici n’est rien comparé à ce qui se passe dans les grands championnats européens, mais on arrive quand même à s’en sortir”
Et financièrement, est-ce intéressant ?
Cela dépend vraiment des clubs et du contrat qu’on vous propose. Mais ce ne sont pas des championnats où vous pouvez généralement obtenir les mêmes salaires que dans les grands championnats européens.
Parfois, certains stades ne comptent même pas 1 000 places. Financièrement, ce n’est donc pas comparable à ce qui se fait ailleurs.
Pour nous, ce sont surtout des championnats qui servent de tremplin. On essaie de gagner quelque chose pour aider nos familles et, surtout, de continuer à progresser pour atteindre un niveau supérieur.
Ce qu’on gagne ici n’est rien comparé à ce qui se passe dans les grands championnats européens, mais on arrive quand même à s’en sortir.
Vous faites partie de la génération des cadets de 2019, avec notamment Pape Matar Sarr. Pourquoi, selon vous, peu de joueurs de cette génération ont réussi à atteindre le très haut niveau ?
C’est ça aussi, le football. Il y a une part de destin. Nous étions tous de bons joueurs. À l’époque, notre rêve était de rejoindre les grands clubs européens et d’évoluer au plus haut niveau. Mais Dieu en a décidé autrement pour certains d’entre nous.
Cela dit, rien n’est encore perdu. Dans le football, les choses peuvent aller très vite. Une bonne saison, un bon transfert et votre carrière peut complètement changer.
J’ai récemment signé avec un agent et désormais, c’est lui qui s’occupe de mon avenir. Dans le football moderne, il est très important d’avoir un bon agent et surtout un bon entourage.
Avant, je me débrouillais seul. Depuis que j’ai quitté Diambars, je n’avais personne pour véritablement m’orienter et m’accompagner dans mes choix.
Aujourd’hui, j’espère que cette nouvelle étape va me permettre de mieux gérer ma carrière et, pourquoi pas, de rejoindre un championnat plus important.




