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Mondial 2026 : L’Irak, l’adversaire à ne pas sous-estimer

Jeudi soir à La Corogne, les Lions de la Mésopotamie ont arraché un nul 1-1 face à une Espagne certes remaniée, mais championne d’Europe en titre. Le résultat a fait l’effet d’un signal d’alarme. Pour le Sénégal, qui affrontera l’Irak en troisième journée le 26 juin à Toronto, ce match amical est une leçon à lire avec attention.

L’Espagne avait certes laissé au repos ses principales stars (Lamine Yamal, Nico Williams, Rodri, Pedri) tous préservés à quelques jours du Mondial, et offert sept premières sélections à des joueurs de complément. Mais Luis De la Fuente avait quand même titularisé Ferran Torres, lancé Mikel Merino après cinq mois d’absence, et aligné une équipe qui reste au-dessus du niveau moyen d’une équipe mondiale. L’Irak a mené 1-0 après l’égalisation de Merchas Doski à la 27e minute, a résisté, a défendu. Ce n’est pas un résultat volé, c’est un résultat construit.

Pour comprendre pourquoi ce score doit alerter le staff de Pape Thiaw, il faut comprendre d’où vient cet Irak. Les Lions de la Mésopotamie reviennent à la Coupe du monde quarante ans après leur unique participation, en 1986 au Mexique, où ils étaient repartis sans le moindre point. En 2026, ils arrivent avec une organisation, un sélectionneur, et une mentalité radicalement différentes.

« Il vaut mieux avoir une bonne équipe que des grandes individualités »

C’est peut-être là le premier danger que le Sénégal ne mesure pas suffisamment. Graham Arnold n’est pas un sélectionneur lambda. L’Australien a transformé l’Irak en un bloc compact, difficile à manœuvrer, qui sait s’organiser défensivement et punir sur transition. C’est exactement le profil du coach qui sait ce que signifie jouer dans la peau de l’outsider, lui qui avait qualifié les Socceroos pour le Mondial 2022 par les barrages, dans les conditions les plus hostiles. À Bagdad, il a reproduit la même recette : réduire les espaces, concentrer le bloc, exploiter les coups de pied arrêtés, et laisser les individualités décider. Après le match nul de l’Irak face à l’Espagne (1-1) jeudi, Graham Arnold a assuré en conférence de presse que son équipe était prête à affronter la France, mais aussi le Sénégal et la Norvège. « Il vaut mieux avoir une bonne équipe que des grandes individualités », a assuré le technicien australien.

L’Irak ne s’est pas qualifié facilement. En zone asiatique, les Lions de la Mésopotamie n’ont pas réussi à décrocher leur ticket directement, obligés de passer par les barrages intercontinentaux face à la Bolivie. Ils l’ont emporté 2-1 dans un match à haute tension, au terme d’un penalty en temps additionnel. Ce type de qualification forgée dans la difficulté produit des équipes mentalement solides. Le Sénégal en a fait l’expérience en 2002 contre l’Uruguay (3-3). Le troisième match de poule, sous pression, est celui qui révèle le vrai caractère d’une sélection.

Les hommes à ne pas perdre de vue

Dans cette liste irakienne mêlant éléments du championnat local et joueurs expatriés, plusieurs profils méritent d’être nommés. Ali Al-Hamadi, attaquant de Luton Town et premier Irakien à avoir disputé une minute en Premier League, est l’arme offensive principale mobile, capable de jouer dans les espaces, buteur décisif lors du barrage face à la Bolivie. Il incarne ce nouveau profil de footballeur irakien formé à l’école européenne. Aymen Hussein, deuxième meilleur buteur de l’histoire de la sélection avec 95 sélections au compteur, apporte l’expérience et l’instinct dans la surface. Et Merchas Doski, auteur du but égalisateur jeudi soir contre l’Espagne, s’est installé comme pièce maîtresse du dispositif défensif dans un rôle d’arrière gauche. Ce sont ces trois noms que la défense sénégalaise devra intégrer avant le 26 juin.

Le 26 juin à Toronto : un piège à ne pas ignorer

Ce troisième match de poule aura une saveur particulière. Après France et Norvège, les Lions arriveront à Toronto soit avec la qualification en poche, soit avec le couteau sous la gorge. Et c’est précisément ce deuxième scénario qui doit être anticipé maintenant, avant même que les deux premiers matchs ne soient joués. Le football de compétition est peuplé d’exemples d’équipes qui ont abordé un troisième match de groupe avec l’impression d’avoir déjà fait le plus dur, et qui ont déchanté face à un adversaire libéré, en progression au fil du tournoi.

Car l’Irak sera en progression. Une équipe qui joue son premier Mondial depuis quarante ans ne se détend pas après deux matchs, elle s’y installe. Si les Lions de la Mésopotamie parviennent à accrocher un point contre la Norvège ou la France, ils arriveront face au Sénégal avec une confiance décuplée et rien à perdre. C’est la combinaison la plus dangereuse dans un Mondial : la légèreté de celui qui a déjà surpris tout le monde.

Un 1-1 contre l’Espagne en amical. Un barrage intercontinental décroché in extremis contre la Bolivie. Une organisation construite par un sélectionneur rompu aux exploits d’outsider. L’Irak 2026 n’est pas l’Irak 1986.

Ce que le staff de Thiaw doit retenir

Le message n’est pas de dramatiser une menace, l’Irak reste l’adversaire le plus accessible des trois du groupe I pour le Sénégal sur le papier. Mais le papier compte peu dans un Mondial. Ce que le résultat de jeudi soir contre l’Espagne dit clairement, c’est que cette équipe sait défendre, sait contrer, sait marquer. Elle a quelques individualités dangereuses en Europe, un sélectionneur qui connaît le football de haute pression, et quarante ans de frustration mondiale à évacuer. Pour les Lions, le seul danger réel serait d’arriver à Toronto en pensant que ce match est joué d’avance. Il ne l’est pas.

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