
La crise au sommet de l’exécutif sénégalais prend une nouvelle tournure. Dans une séquence politique inédite, le président Bassirou Diomaye Faye a décidé de renvoyer à l’Assemblée nationale la proposition de loi modifiant les articles L29 et L30 du Code électoral, pourtant adoptée par la majorité parlementaire de PASTEF. Une décision qui sonne comme un désaveu politique à l’endroit du camp présidentiel et qui ravive les tensions déjà perceptibles entre les différentes composantes du pouvoir.
Le chef de l’État a officiellement demandé, jeudi 7 mai, une seconde lecture du texte conformément à l’article 73 de la Constitution. Une initiative qui intervient après les critiques formulées par l’opposition parlementaire, notamment par Aissata Tall Sall, présidente du groupe Takku Wallu, qui avait exhorté le président à « prendre ses responsabilités » face à cette réforme controversée.
À l’origine de ce revirement institutionnel : une anomalie relevée dans le processus de transmission de la loi. Selon El Malick Ndiaye, le texte initialement envoyé au président pour promulgation ne correspondait pas à la version intégrant les amendements adoptés par les députés. Le président de l’Assemblée nationale affirme que cette « erreur » a rapidement été corrigée par la transmission d’une nouvelle version du document.
Mais cette explication ne semble pas avoir convaincu le chef de l’État. Dans un message lu à l’hémicycle par El Malick Ndiaye, Bassirou Diomaye Faye justifie sa décision par la nécessité de garantir la conformité du texte à la volonté réelle du Parlement.
« Je note que le sujet des deux versions du texte s’est aussi invité dans la presse par la voix de certains députés. Pour lever tout équivoque et garantir la conformité du texte à promulguer à la volonté réellement exprimée par votre auguste institution, et conformément aux dispositions de l’article 73 de la Constitution, je soumets le texte de loi à une nouvelle délibération », a écrit le chef de l’État.
Cette décision intervient dans un contexte politique particulièrement tendu. Après l’adoption de la loi, les députés non-inscrits n’étaient pas parvenus à réunir les 17 signatures nécessaires pour saisir le Conseil constitutionnel. De son côté, le groupe Takku Wallu avait finalement renoncé à engager un recours, affirmant ne pas vouloir « interférer dans les tensions internes qui secouent le parti au pouvoir », préférant laisser « la majorité face à ses responsabilités ».
En toile de fond, cette affaire révèle les fractures de plus en plus visibles au sein de la majorité et pose la question de l’équilibre des pouvoirs entre la Présidence, le gouvernement et l’Assemblée nationale. Face à cette situation, El Malick Ndiaye a annoncé la tenue d’une réunion du bureau de l’Assemblée nationale afin de déterminer la conduite à tenir dans ce dossier devenu hautement politique.



