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Peines maintenues, espoirs brisés : le combat inégal des 18 « otages » sénégalais de Rabat

Après le maintien des peines en appel, quinze supporters sénégalais restent incarcérés au Maroc. Entre voies de recours limitées et leviers diplomatiques incertains, leur sort dépend désormais moins des tribunaux que des équilibres politiques entre Dakar et Rabat.

Trois mois, six mois, un an. Le couperet est tombé le 13 avril devant la Cour d’appel de Rabat : les peines prononcées en première instance sont confirmées. Malgré des zones d’ombre pointées par la défense, notamment l’absence de projection des éléments de preuve à l’audience, la juridiction a choisi la continuité. Résultat immédiat : quinze supporters sénégalais demeurent derrière les barreaux, tandis que trois autres, condamnés à trois mois, devraient recouvrer la liberté sous peu.

Sur les antennes de la RTS, Me Patrick Kabou n’a pas masqué sa frustration. « On ne peut pas débattre en droit lorsqu’il n’y a pas d’éléments de preuve ». En renonçant à un pourvoi devant la Cour suprême, la défense acte une forme de blocage judiciaire. Le dossier sort du prétoire pour entrer dans une zone grise, où se mêlent diplomatie, rapports de force et négociations informelles.

Les leviers dont dispose Dakar… et leurs limites

Car désormais, l’essentiel se joue ailleurs. La visite officielle du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko au Maroc, le 26 janvier 2026, à l’occasion de la 15ᵉ Grande Commission Mixte de Coopération Maroc-Sénégal, n’aura pas servi à grand-chose puisque le statu-quo prévaut toujours pour un royaume chérifien qui n’en fait qu’à sa tête.

Premier levier évoqué : la convention de transfèrement signée entre Dakar et Rabat en janvier 2025. Elle permettrait aux condamnés de purger leur peine au Sénégal. Mais ce mécanisme reste conditionné à l’accord des deux États, et rien n’indique, à ce stade, une volonté marocaine d’accélérer la procédure.

Autre piste, plus politique encore : la grâce royale. Au Maroc, le roi Mohammed VI détient ce pouvoir discrétionnaire. Dans l’ombre, certains réseaux religieux, notamment liés à Tivaouane, pourraient plaider en faveur d’un geste d’apaisement. Une diplomatie parallèle, aussi influente qu’imprévisible.

Reste enfin l’arme économique, théorique mais délicate. Les relations entre les deux pays sont étroites, imbriquées, presque interdépendantes. Dakar peut difficilement hausser le ton sans risquer des répercussions internes.

Le flou autour des quinze détenus

Ce dossier s’inscrit aussi dans un contexte plus large, celui du contentieux sportif autour de la CAN, actuellement pendant devant le Tribunal arbitral du sport. La Fédération sénégalaise de football réclame une procédure accélérée, refusée par la Fédération royale marocaine de football. Une tension supplémentaire qui complique toute issue rapide.

À court terme, seuls trois noms (Abdoulaye Dieng, Ibrahima Diop et Aziz Wade) incarnent une éclaircie. Pour les quinze autres, l’horizon reste flou. Transfèrement, grâce, ou statu quo carcéral : aucun scénario ne s’impose.

Au-delà du cas judiciaire, cette affaire révèle une fragilité structurelle : celle de la protection des citoyens ordinaires à l’étranger. Ni diplomates ni dirigeants, ces supporters paient aujourd’hui le prix d’un engrenage où le droit semble s’effacer derrière les intérêts d’État. Le ballon, lui, a quitté le terrain. Mais ses conséquences, elles, continuent de peser lourdement sur quinze destins suspendus.

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