
De la Primature au Perchoir : l’irrésistible retour institutionnel de Sonko?
En moins de quatre jours, le Sénégal a basculé dans une séquence politique d’une rare intensité. Limogé de la Primature par le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko pourrait bien prendre les commandes de l’Assemblée nationale, au terme d’une recomposition institutionnelle aussi rapide que spectaculaire.
Tout s’est accéléré depuis le vendredi 22 mai 2026. Par décret présidentiel, Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions du Premier ministre ainsi qu’à celles de l’ensemble du gouvernement. Une décision qui venait officialiser des tensions devenues de plus en plus visibles entre les deux hommes qui avaient pourtant construit ensemble l’alternance de 2024 sous le célèbre slogan « Diomaye mooy Sonko ».
Au-delà du choc politique, la mécanique institutionnelle s’est immédiatement enclenchée. Conformément aux dispositions du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, qui avait suspendu son mandat de député après sa nomination à la Primature, pouvait automatiquement réintégrer l’hémicycle après son départ du gouvernement. Une possibilité rapidement validée par le Bureau de l’Assemblée nationale.
Selon une publication du député Cheikh Bara Ndiaye, le Bureau de l’Assemblée s’est réuni ce lundi à 15 heures pour constater et valider officiellement la demande de réintégration d’Ousmane Sonko comme député de la 15e législature. Quelques instants plus tard, un autre événement majeur allait bouleverser davantage l’équilibre institutionnel : le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, a déposé sa démission du perchoir tout en conservant son mandat parlementaire.
Dans un long message publié sur Facebook, El Malick Ndiaye a expliqué avoir pris cette décision « après une profonde réflexion », invoquant « le sens de l’État », « l’intérêt supérieur de la Nation » et « la stabilité des institutions ». Une sortie qui confirme l’existence d’une stratégie politique concertée au sein du camp Sonko.
La Conférence des présidents a ensuite fixé au mardi 26 mai l’élection du nouveau président de l’Assemblée nationale. Tous les regards convergent désormais vers Ousmane Sonko, dont l’accession au perchoir semble se dessiner comme l’issue logique de cette séquence.
Si elle se confirme, cette élection ferait basculer le leader de Pastef dans une nouvelle dimension institutionnelle. Après avoir perdu la Primature, Sonko récupérerait ainsi la deuxième institution de la République, avec tout ce qu’elle implique en matière de poids politique, de contrôle de l’agenda législatif et de visibilité nationale.
Cette recomposition intervient dans un contexte de fortes tensions au sommet de l’État. Depuis plusieurs mois, des divergences apparaissaient entre le président Bassirou Diomaye Faye et son désormais ex Premier ministre, notamment sur la conduite de l’État, certaines nominations stratégiques, la gestion économique ou encore la question sensible des fonds politiques. Le limogeage du 22 mai a définitivement acté la rupture entre les deux figures centrales du Pastef.
Mais loin de disparaître du jeu politique, Ousmane Sonko semble avoir transformé son éviction en tremplin institutionnel. Quelques heures après son départ de la Primature, des militants s’étaient déjà massés devant son domicile de la Cité Keur Gorgui, symbole d’un ancrage populaire toujours intact.
L’équation politique devient désormais délicate pour le président Bassirou Diomaye Faye. La majorité parlementaire reste largement dominée par Pastef et ses alliés, tandis que la future nomination d’un nouveau Premier ministre devra tenir compte des équilibres internes du pouvoir. Dans ce contexte, l’élection annoncée de Sonko au perchoir pourrait ouvrir une nouvelle phase de cohabitation politique sous haute tension au sommet de l’État sénégalais.
En moins de quatre-vingt-seize heures, le Sénégal est ainsi passé d’un exécutif bicéphale à une confrontation larvée entre deux anciens alliés. Et au cœur de cette séquence, une certitude s’impose déjà : Ousmane Sonko n’a pas quitté le pouvoir. Il en change simplement le centre de gravité.



